Article

Accès au texte (HTML) Accès au texte (HTML)
PDF Accès au texte (PDF)
Service d'aide à la décision clinique
Publicité


L'accès au texte intégral de cet article nécessite un abonnement.
  • Si vous êtes abonné, veuillez vous identifier dans la zone 'Mon compte' en haut à droite de l'écran.

  • Si vous souhaitez vous abonner à cette revue, consultez nos tarifs

  • Vous pouvez acheter cet article en Pay Per ViewPay per View - FAQ : 33,00 € TTC Commander
    Pages Iconographies Vidéos Autres
    2 0 0 0


Archives des Maladies Professionnelles et de l'Environnement
Volume 81, numéro 1
pages 61-62 (février 2020)
Doi : 10.1016/j.admp.2019.12.008
Reçu le : 28 novembre 2019 ;  accepté le : 5 décembre 2019
Compte rendu de congres

Consommation de médicaments en milieu de travail : un marqueur de santé de la population ?
Drug consumption in working environment: A general population health marker?
 

Maryse Lapeyre-Mestre
 Service de Pharmacologie Médicale et Clinique, CHU de Toulouse, Pharmacoépidémiologie UMR Inserm 1027, Université de Toulouse, Toulouse 

Résumé
Introduction

La consommation médicamenteuse d’une population peut constituer un indicateur précieux de l’état de santé de cette population, et constitue un des piliers de la pharmacoépidémiologie. Cette approche descriptive permet d’appréhender par exemple l’évolution de phénomènes sanitaires : c’est ainsi que l’on peut apprécier l’augmentation de la prévalence du diabète en France, que l’on mesure l’impact de recommandations de bon usage (par exemple des antibiotiques), ou qu’on identifie des problématiques de mésusage (médicaments psychotropes ou analgésiques). En pharmacoépidémiologie, l’étude du médicament en population est souvent confrontée aux biais de sélection liés à l’analyse de sous-groupes de sujets malades ou tout au moins consommateurs de soins. Avant l’avènement des grandes bases de données de remboursement, les études de consommation « en population générale » étaient bien souvent confrontées à la difficulté d’identifier un échantillon d’analyse représentatif de la population générale. Depuis la mise en œuvre d’un accès plus systématisé aux données du SNDS (Système national des données de santé, Accueil), ce type d’étude est désormais facilité, à la limite cependant de l’impossibilité d’apprécier les caractéristiques de la consommation de médicaments non remboursés et dans le champ de l’automédication, ainsi que les motivations pour le recours à ces produits. C’est dans ce contexte général que plusieurs études sur la thématique « consommation médicamenteuse et milieu de travail » ont été menées depuis les années 1990 dans le cadre d’une collaboration scientifique entre une des premières structures de recherche en pharmacoépidémiologie existantes en France et le service médical inter-entreprises de Toulouse (désormais ASTIA www.astia.fr/). Dès leur mise en œuvre (la première étude a eu lieu en 1986), le point commun de ces études a toujours reposé sur un recueil de données auprès de salariés de différentes entreprises de taille variable à l’occasion de la visite de médecine du travail, les médecins du travail étant les investigateurs de ces études. Enquêtes « médicaments et travail » Ainsi, nous disposons désormais, et cela reste unique en France à notre connaissance, de l’instantané de la consommation médicamenteuse d’une population de salariés actifs sur 4 décennies, en 1986, 1996, 2006 et 2016. Sur cette période, la prévalence globale de la consommation de médicaments a augmenté de 41,5 % en 1986 (2221 participants) à 44,3 % en 2016 (2560 participants), pour une population âgée en moyenne de 35,7 ans (45,6 % de femmes) en 1986 à 36,3 ans (47,7 % de femmes) en 2016. Qualitativement, cette consommation médicamenteuse reste quelle que soit la période plus fréquente chez la femme, liée à l’âge et à la pénibilité ressentie au travail. En terme de classes de médicaments ; cette analyse sur 40 ans, permet de mettre en évidence une diminution du recours aux antibiotiques (4,8 % de consommateurs en 1986, 1,8 % en 2016), aux médicaments du système vasculaire (après le déremboursement d’un certain nombre de vasculo-protecteurs faisant chuter la proportion à 4,6 % en 2016, alors qu’elle était autour de 8 % aux 3 enquêtes précédentes). On peut noter également que la proportion de consommateurs auto-rapportés d’homéopathie a peu varié (2,7 % en 1986, 2,9 % en 2016), et que en 2006 comme en 2016, la levothyroxine était le 2e médicament consommé, de façon chronique par environ 5 % de la population participant aux enquêtes. Les évolutions les plus marquantes dans toute la période concernent la consommation des psychotropes (principalement anxiolytiques et hypnotiques), passée de 9,1 % en 1986 à 4 % en 2016 et celles des analgésiques, passée de 8,7 % en 1986 à 17 % en 2016, malgré une prévalence de 9,6 % en 2006, expliquée par une consommation importante de dextropropoxyphène (10e rang des médicaments cités en 2006, 1 % de consommateurs). Ce médicament analgésique opioïde, très largement utilisé en premier recours en France, a été définitivement retiré du marché européen pour raisons de sécurité (nombreux cas de surdosages) en 2011. Au cours des enquêtes menées dans le cadre de cette collaboration médecine du travail–pharmacoépidémiologie, l’intérêt de l’analyse spécifique des modalités de recours aux médicaments psychotropes s’est révélé prioritaire. Ainsi, une étude spécifique a été réalisée en 2000, avec un suivi d’un an, pour explorer les comportements de consommation de médicaments utilisés pour faire face aux difficultés de travail et estimer ainsi des comportements visant l’amélioration de la performance. Dans la première phase de l’étude, un tiers des 2106 sujets interrogés avait eu a recours à des médicaments (principalement psycholeptiques) en relation avec son travail : 20 % utilisaient un médicament pour être « en forme au travail », 12 % prenaient leur médicament sur leur lieu de travail pour traiter un « symptôme gênant », et 18 % l’utilisaient « pour se détendre au cours d’une journée difficile ». Au bout d’un an, ces sujets ont été interrogés. L’analyse à un an a montré que 9,1 % des sujets consommaient des psychotropes et que 3,5 % pouvaient être considérés comme dépendant. Cette consommation persistante était liée à la catégorie socioprofessionnelle et la faible satisfaction au travail et le travail à l’extérieur. Les comportements visant l’amélioration de la performance et les stratégies d’adaptation pourraient être des déterminants de l’usage de médicaments psychotropes. Les données les plus récentes de la dernière enquête de 2016 ont fait l’objet d’une analyse détaillée entre la consommation de médicaments et le vécu au travail dans le cadre de la thèse de médecine de J Othenin soutenue en octobre 2018. Ainsi, une faible satisfaction au travail était plus fréquemment rapportée chez les consommateurs d’analgésiques et de psychotropes, et ce niveau d’insatisfaction était plus important lorsque les sujets considéraient, pour ces catégories de substances, que leur consommation était en lien avec leur travail. Autres données médicaments et travail Comme signalé précédemment, il existe peu d’études sur la consommation médicamenteuse en général et travail, mais quelques études ont ciblé plus spécifiquement la consommation de psychotropes. L’étude de Ha-Vinh et al. en 2011 s’est intéressée aux taux de remboursement de médicaments psychotropes dans une population de travailleurs indépendants français en activité affiliés au RSI (Régime social des indépendants) (artisans, commerçants, industriels et professions libérales). La base d’affiliation à l’Assurance maladie a été analysée spécifiquement pour les travailleurs en activité âgés de 18 à 60 ans de la région PACA et les consommateurs identifiés par le remboursement en 2009 de médicaments psychotropes. Ainsi les taux observés sur l’année 2009 (au moins remboursement d’anxiolytique, d’antidépresseur ou d’hypnotique) étaient respectivement de 9 %, 5,5 % et 4,4 %. Ces taux étaient plus faibles que ceux observés France entière dix ans avant cette analyse (17,4 %, 9,7 % et 8,8 %) mais beaucoup plus élevé que ceux observés dans l’étude Toulousaine de 2006. En combinant les données de remboursement avec les caractéristiques professionnelles au sein des informations du RSI, les auteurs ont mis en évidence des différences de consommation de psychotropes significatives entre les secteurs professionnels, montrant que les personnes travaillant dans le secteur des éventaires et marchés et dans le secteur hôtel-restaurant présentaient une probabilité plus élevée de consommation de tous les médicaments psychotropes.

Conclusion

Ces différents travaux, même s’ils restent peu fréquents, convergent tous pour mettre en évidence l’apport des informations sur la consommation médicamenteuse dans des populations de sujets actifs, et dans leur contexte de travail. Au plan populationnel, ces informations sont utiles puisqu’elles permettent d’identifier et de caractériser la consommation médicamenteuse dans une population générale, marquée par l’effet « healthy worker », mais qui par ce fait diminue le biais de sélection d’une population consommatrice de soins. Ainsi, ces données montrent qu’environ 5 % de la population active est exposée à la lévothyroxine, ce qui permet à posteriori de comprendre l’ampleur du phénomène récent de défiance de la population vis-à-vis de l’affaire « Lévothyrox ». À l’échelon individuel et sur le retentissement professionnel ; ce type d’enquête constitue une vigie permettant de voir émerger des changements de pratique. L’évolution favorable du niveau de la consommation des psychotropes (diminution massive de consommation des benzodiazépines objectivée depuis la dernière enquête, mais constante au cours du temps) ne doit pas faire sous-estimer l’attention à accorder aux déterminants d’une consommation chronique, ni ignorer les transferts possibles vers des recours médicamenteux moins stigmatisés, comme les analgésiques. En résumé, les médicaments constituent un marqueur précieux de l’état de santé, soyons donc vigilants.

Le texte complet de cet article est disponible en PDF.


© 2020  Publié par Elsevier Masson SAS.
Site e-commerce : www.elsevier-masson.fr | Service d'aide à la décision clinique : www.em-select.com | Suivez notre actualité sur le blog Elsevier Masson : blog.elsevier-masson.fr
Site pour réussir ses ecn : www.e-ecn.com | Site de contenu dédié aux médecins généralistes : www.mgconsulte.com | Plateforme de formation des infirmier(e)s : www.pratique-infirmiere.com
EM-CONSULTE.COM est déclaré à la CNIL, déclaration n° 1286925.
En application de la loi nº78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez des droits d'opposition (art.26 de la loi), d'accès (art.34 à 38 de la loi), et de rectification (art.36 de la loi) des données vous concernant. Ainsi, vous pouvez exiger que soient rectifiées, complétées, clarifiées, mises à jour ou effacées les informations vous concernant qui sont inexactes, incomplètes, équivoques, périmées ou dont la collecte ou l'utilisation ou la conservation est interdite.
Les informations personnelles concernant les visiteurs de notre site, y compris leur identité, sont confidentielles.
Le responsable du site s'engage sur l'honneur à respecter les conditions légales de confidentialité applicables en France et à ne pas divulguer ces informations à des tiers.
Fermer
Plan de l'article
Vous pouvez déplacer ce plan en cliquant sur le bandeau de la fenêtre